Présentation

Présentation
L'histoire se déroule aux Etats-Unis, dans une ville un peu isolée des autres.
Les Kaulitz ont déménagé là-bas, et tentent de s'adapter tant bien que mal à la vie du lycée, tandis que Mya tente quant à elle de gérer sa vie aussi bien qu'elle le peut.
Et puis, chacun ses petits secrets...




POV différents: Mya et Bill





=> Je previens que cette fiction ne parlera pas du groupe dans la première grande partie. Il sera seulement question des jumeaux... Mais si je vais jusqu'au bout, Gustav et Georg interviendront.

# Posté le samedi 25 août 2007 18:30

Modifié le mercredi 05 mars 2008 17:10

Mya

La seule chose que je ne supporte pas chez lui, c'est son prénom. Je me refusais à le prononcer avant, et je ne comprends toujours pas que l'on puisse appeler son enfant comme ça.
Bill. Sans parler de celui de son frère! Non, décidément, je ne comprends vraiment pas.
Enfin, je ne vais pas le maudire pour quelque chose d'aussi superficiel, je m'y suis habituée maintenant. Et puis... Les noms d'une syllabe et comportant des « i », sont plus faciles à crier pendant l'orgasme... Je suis sûre que vous y avez déjà pensé, avouez-le.

Bill, c'est... ma plus belle histoire d'amour, un charme inépuisable, des expériences sexuelles si érotiques... Des souvenirs plus ou moins mauvais, plus ou moins bons. Des heures à l'entendre chanter faux, car j'ai toujours aimé sa voix, qui me berce comme un bébé le soir en m'endormant. Mais lorsqu'il chante, c'est tordant il faut l'avouer.
Et puis Bill, c'est ma vie. Comme ça, on dirait une banale histoire d'amour, et c'en est une, si on met de côté le fait que je sors avec une super rock star mondialement connue ces temps-ci - bien que cela soit près de prendre fin -, mais rien que pour ça, je vais vous relater ce récit.

J'habite à... Non, ça n'a pas d'importance. Sachez juste que je me situe quelques part aux States. Je suis dans un lycée plutôt réputé, où élèves fortunés et défavorisés cohabitent dans une ambiance assez tendue.
Le premier jour, je l'ai vu arriver, comme ça. C'était une belle matinée en début d'automne, quelques semaines après la rentrée des classes. Le soleil était encore au rendez-vous, et seules les feuilles qui descendaient en tourbillon des arbres me rappelaient que l'été avait touché à sa fin.
Je me souviens de l'agitation habituelle qui régnait dans l'établissement, et de la vague de chuchotements et de ricanements qui s'est élevée progressivement jusqu'à nous.
A cet instant, Kevin et moi étions devant mon casier. Il était mon petit ami depuis plusieurs mois, je ne comptais plus. Tout ce que je retirais de cette relation, à ce moment, était une présence rassurante à mes côtés, et quelqu'un pour me prendre dans ses bras et me susurrer des mots doux à l'oreille le soir. Je m'en contentais volontiers, et je n'aurais pas supporté de lui briser le coeur, car lui était encore réellement amoureux de moi à cette époque. Mais il fallait nous rendre à l'évidence: le feu de la passion qui nous animait au début commençait à manquer d'oxygène.

Je levai donc les yeux afin de déterminer l'origine de cette soudaine agitation et aperçut deux êtres qui m'étaient étrangers, aussi filiformes l'un que l'autre.
Une fille et un garçon, très grands, et surtout très curieux. Ils nous observaient comme si nous étions des singes et faisaient de grands sourires à tout le monde en se montrant mutuellement du doigt des choses qui leur semblaient sensationnelles, comme les téléviseurs à écran plasma qui se trouvaient au bout de chaque couloir.
En voyant le mannequin débouler dans notre champ de vision, et dans notre vie accessoirement, Kevin sourit et essaya de me taquiner:
- Dis-donc, elle est pas mal la nouvelle...
Je ne pus que l'approuver. Elle avait les cheveux lisses et secs, un sourire enjôleur, un nez d'une finesse rare et c'était à peine si elle ne tenait pas son frère par le bras, ce qui devait donner à plus d'un l'envie de la protéger de ce monde hostile qu'était le lycée. Qui n'aurait pas deviné qu'ils étaient frère et soeur? Voir même jumeaux... Leur ressemblance était frappante lorsqu'on mettait de côté la couleur des cheveux de la fille et son maquillage. Son frère était blond, et elle, avait les cheveux noir ébène parcourus de mèches blanches. Leurs styles étaient pour ainsi dire opposés, le blond semblant amateur de hip-hop, et la brune de rock des années je-ne-sais-combien. J'aurais mis ma main à couper qu'elle était fan de David Bowie, car malgré la couche de maquillage qu'elle portait et son corps élancé, elle cultivait une sorte d'androgénie étrange. Son allure était sûre, mais on percevait une grande nervosité chez elle,à cause de ses gestes vifs. Pas une seule fois je ne la vis cesser d'agiter ses mains, tout en continuant de parler à une vitesse phénoménale. Surtout que je ne compris strictement rien à ce qu'elle était entrain de raconter lorsqu'elle passa près de nous; et j'en déduisit qu'elle dialoguait dans une autre langue, sûrement d'origine germanique.
On ne parlait plus que de la jeune fille extravagante et de son frère aux cheveux dreadés. Tout le monde était fasciné car c'était une grande première: ici, chaque élève était qualifiable de « normal ».
Cependant, un détail me turlupinait... Leur ressemblance était si évidente qu'ils ne pouvaient qu'être de vrais jumeaux. Or les vrais jumeaux sont du même sexe; il y avait donc quelque chose qui ne coïncidait pas.
Elle n'était tout de même pas...
La sonnerie marquant le début des cours retentit dans le couloir, et me fit émerger des méandres de mes pensées subtiles. Tous les élèves se dirigèrent vers leur salle de classe respective, et j'allai faire de même quand je sentis une main attraper vigoureusement mon poignet. Je me retournai et réalisai que Kevin était toujours là, un sourire au coin des lèvres. Il me désigna du regard les toilettes et je compris où il voulait en venir.
Ce n'était pas que je ne voulais pas, c'était juste que je n'en avais pas envie, mais cet argument restait beaucoup trop faible comparé à celui de mon petit ami qui se plaignait d'avoir les bourses pleines à craquer.
- S'il te plaîîîît! m'implora-t-il.
Je soupirai et me retins de pouffer de rire, son sens de l'humour m'atteignant encore. Puis je me laissai entraîner vers les toilettes, à présent hâtée de vider les couilles de celui qui m'aimait. L'ennui, c'est qu'il croyait que dans ce genre de situation, je prenais mon pied autant que lui. Au début de notre relation c'était vrai, mais maintenant cela me laissait plutôt indifférente du point de vue émotionnel. Cependant je faisais tout pour le conforter dans cette idée. Après tout, le prix n'était pas si cher payé pour l'avoir à mes côtés et me faire sentir exister.

Il me plaqua avec douceur contre le mur et commença à m'embrasser. Ses lèvres s'entrouvraient et se fermaient sur les miennes, dans un rythme propre à celui des baisers. Avec langueur, sa langue me caressait l'intérieur de la bouche et son souffle était chaud dans ma nuque... C'était si agréable d'être aimée.
Il m'attrapa par les cuisses et me souleva tandis que je passais mes bras autour de son cou. Sa force et sa puissance, il les contrôlait parfaitement, effleurements et pelotages torrides se succédaient, noyés dans nos gémissements de plaisir. Chaque expérience était vraiment unique.
Après qu'il eût joui – et répandu sa tendre semence en moi – il relâcha son étreinte et me déposa sur le sol. J'avais mal au dos et aux cuisses tant il s'était crispé, mais ce n'était rien comparé à la belle partie de plaisir que l'on s'était offerte. Je le remerciai d'un sourire et sortit des toilettes, le laissant là, à me regarder partir, adossé au mur, le souffle court.

J'arrivai en classe, un peu essoufflée et sans billet de retard. Ma prof me regarda, tandis que je traversai la classe sans adresser un seul regard à quiconque, et sans même lui donner d'explications. Elle poussa un petit soupir de désapprobation, comme d'habitude, et reprit la phrase qu'elle avait interrompu à mon arrivée. Je la méprisais profondément, elle n'était absolument pas capable de tenir une classe, et son potentiel de sociabilité était très limité. Ses cours étaient essentiellement constitués d'une suite de phrase prononcées avec monotonie d'un ton indifférent, à rythme constant, et ponctuées parfois d'un raclement de gorge ou d'une petite toux se voulant discrète. Insupportable. Tous les élèves suivaient, aucun ne parlait. Je détestais la mentalité des jeunes d'ici. Sous prétexte que les matières scientifiques étaient essentielles pour atteindre leur but et donc satisfaire leurs parents, ils ne prêtaient aux autres cours qu'une attention mesurée, et la plupart du temps n'écoutaient pas un mot de ce que l'on y disait. J'étais dégoûtée de cette bêtise, je les haïssais dans ces moments-là. Ça se voulait rebelle en cours de français, et ça devenait lèche-botte en cours de physique. Ils n'avaient donc aucune fierté? Non. Ils ne comprenaient pas à quel point ils étaient pitoyables.

Je pris place au dernier rang, et sortit mes affaires. Un crayon et une feuille. Pendant un moment, j'observai attentivement la classe, les gestes de chacun. Shella retint mon attention. C'était une fille plutôt jolie, sympathique, et banale. Le genre de personne qui se situe à la limite du moule, mais qui sait résister à la tentation, trop désireuse de garder sa liberté intacte. Aujourd'hui, elle avait quelque chose de particulier, je crois que c'était son regard. Un instant, j'ai essayé de le définir, et puis j'ai compris. Elle était tombée dans le piège, elle était tombée amoureuse. Je souris, saisis mon crayon, et commençait à la dessiner et jetant un coup d'oeil à mon nouveau modèle régulièrement. La silhouette prit forme, et à la sonnerie, le travail que j'avais réalisé me convenait tout à fait. Alors qu'elle rangeait ses affaires, je lui tendis le dessin:
- Tiens, c'est pour toi.
- Pour moi? s'étonna-t-elle.
Il faut dire que je ne lui avais pratiquement jamais parlé de l'année.
- Oui, aujourd'hui t'étais intéressante.
Puis je sortis de la salle, sentant son regard intrigué et quelque peu offusqué dans mon dos.
Les gens avaient un peu de mal à me cerner en général. J'étais, d'après les amis à qui j'avais demandé, une fille froide et distante, secrète et attirante, charmante et méprisante. En fait, on me respectait, parfois un peu craintivement. Je sentais ceux qui avaient peur. C'était une peur inconsciente, mais elle était là. Les filles avaient tendances à être jalouses, les garçons à vouloir me sauter. Tout se tenait.
Toujours est-il que tous autant qu'ils étaient, ils ne comprenaient pas grand chose.

Neela m'apparut, souriante. Je ne sais pas pourquoi, elle souriait tout le temps. C'était ma meilleure amie je crois, depuis le jour où j'ai commencé à sortir avec son ex, Kevin. C'est à dire, il y a environ un an. Un jour je vous expliquerai. Toujours est-il que je la connais par coeur, et que le sourire qu'elle avait là, n'était pas le même que d'habitude. Elle semblait à moitié hilare et à moitié émerveillée.
- Devine quoi?! explosa-t-elle avant même que j'ai ouvert la bouche.
- Euh... Eric a pété en faisant une galipette? Demandais-je, puisque je savais qu'elle sortait du cours de sport.
On commença à se tordre de rire bêtement.
- Les nouveaux! lâcha-t-elle.
Elle marqua un petit temps d'arrêt, pour savourer mon impatience.
- Ils sont dans ma classe!
- Mais c'est génial! Raillais-je.
- Ils s'appellent Bill et Tom.
- C'est affreux! Pourquoi?
- J'en sais rien moi! Mais tu tilts pas?
- Ben... Non.
- C'est des mecs Mya!
- Merde, je m'en doutais. Les pauvres, ils vont souffrir, surtout le brun.
Pour rien au monde je n'aurais laissé croire à Neela que j'étais persuadée que le brun était une fille. Contrairement à ceux de ma classe, ma fierté était démesurée.
- Et ils sont jumeaux? repris-je.
- Oui, Bill a les cheveux noirs, et Tom c'est l'autre. Tu veux que je te les présente?
Je fis une moue hésitante. Mais pourquoi pas après tout?
- Tu leur a parlé?
- J'ai essayé. C'est plus compliqué que ce que l'on pourrait croire. L'anglais de Bill est catastrophique, mais Tom se débrouille. Attends, je vais te refaire la phrase la plus complexe qu'il m'a sortit.
Elle se concentra, et dit d'un ton bourru:
- La pieuce est frouade, ça me rrend fouh!
- Quoi?
- La pièce est froide, ça me rend fou! expliqua-t-elle, en riant.
- Mais ça veut rien dire!
- Il a dit que c'était les paroles d'une chanson... Il a l'air de raconter pas mal de bobards ce mec.
- Je me demande qui peut bien écrire des trucs pareils en plus...
Un instant je réfléchis, puis lui demandais:
- Mais qu'est-ce qu'ils font ici?
- Je ne sais pas très bien, notre prof nous à dit que leurs parents avaient décidé de déménager, et qu'il fallait les aider à apprendre l'anglais et à s'intégrer. Je ne comprends pas pourquoi ils ne se sont pas préparés à l'avance, ou pourquoi ils ne sont pas allés dans une école spécialisée.
- C'est vrai que c'est étrange... Ils ont tout d'étrange... Le nom, le look, leur raison d'être ici...
- On verra bien, je leur ai demandé de manger avec moi ce midi, alors viens!
- Évidemment que je vais venir.
La sonnerie retentit à nouveau, et on se donna rendez-vous pour l'heure du midi. Pendant une partie de la dernière heure de cours, je laissai libre cours à mon imagination et essayai de deviner leur véritable raison d'être ici, en dessinant de mémoire le visage des jumeaux. Il suffirait ensuite que je le décalque et que je dessine leurs coiffures respectives pour avoir deux portraits différents. Pratique.
Et puis tout à coup, cela me reprit. Ce mal être immense qui sommeillait en moi, et qui ressortait de temps en temps, plus fort à chaque fois. La souffrance et la peur avaient envahi la moindre parcelle de mon corps. Je criai intérieurement, et voyai les autres continuer d'écrire inlassablement. Ma main se leva toute seule, et ma voix sortit malgré moi de mes tripes lorsque la prof m'interrogea.
- Est-ce que je pourrais aller aux toilettes, s'il vous plaît?
Elle me répondit par l'affirmatif, et je sortis de la classe, une boule au fond de la gorge. Arrivée dans les toilettes, je saisis dans ma poche un bandage et une lame de rasoir. Je remontai ma manche, tremblant de tout mon corps, et en un geste sur et conscis, l'affaire était finie. La souffrance physique remplaçait la souffrance de mon esprit, me projetant sur le sol dans un gémissement de douleur. Je me relevai après quelques instants et m'emparai des bandages que je roulai avec maîtrise autour de mon bras, le tour était joué. Puis je regardai dans la glace tâchée de sang cette fille qui s'échinait à sourire franchement, l'air de rien, une petite lueur de folie dans le regard.
Après avoir nettoyé les moindres gouttelettes de couleur pourpre qui ornaient le miroir et le robinet, je retournai en cours, l'opération avait durée cinq minutes, rien de suspect.
Sagement je repris place et m'endormit sur la table.

Shella me réveilla d'une tape sur l'épaule:
- Eh! Ca va?
- Euh, oui, répondis-je.
- Ça a déjà sonné.
J'étais extrêmement fatiguée. Lentement je me levais de ma table, et sortis dans le hall. Je me dirigeais vers le distributeur de boissons et en pris une énergisante. Puis j'entrais dans le réfectoire.

# Posté le samedi 25 août 2007 18:30

Modifié le jeudi 06 mars 2008 14:29

Bill

Cette première matinée avait été éprouvante. Apparemment, personne ne nous avait déjà vu, ici, et j'en étais très heureux. Le fait que l'on soit encore inconnu dans cet ville me permettait de rester ce que j'étais vraiment, et de retourner aux études plus sérieusement. Malgré tout ce que je disais à la presse, j'aimais beaucoup travailler, mais il fallait conserver l'image de l'élève désinvolte et nonchalant.
Nous avions décidé de nous restaurer en compagnie d'une charmante jeune fille nommée Neela. C'était une vraie pipelette, et pom-pom girl par-dessus le marché. Nous ne comprenions pas grand chose à ce qu'elle nous racontait, mais elle nous avait montré son uniforme, et parfois, nous parvenions à saisir des bribes de ses phrases. Heureusement, elle n'utilisait pas un vocabulaire très recherché et faisait l'effort de parler lentement.
Ce qui était amusant dans ce lycée, c'est la façon dont les élèves nous regardaient. Nous avions plutôt l'habitude, Tom et moi, d'être sans arrêt admirés, et au sommet du podium. Là, on se retournait sur notre passage – comme d'habitude - et on chuchotait dès que l'on était passé. C'était vraiment étrange de ne plus entendre tous ces cris, mais cela faisait du bien.
Je commençai à entamer ma pizza quatre fromages, quand Neela poussa un petit cri de contentement. Un instant, je cru que nous avions été dévoilés, et je regrettai de ne pas avoir notre garde du corps à nos côté. Ce fidèle Saki! Mais finalement, je compris l'objet de son enthousiasme. Neela se tourna vers nous et dit quelque chose comme:
- C'est Mya, ma meilleure amie! Elle ... manger ... avec nous. Elle va ... !
- Okay okay! Sourit Tom, en voyant la jeune fille arriver. No problem.
Puis en se tournant vers moi:
- [Tu sais à quoi je pense, là, tout de suite?
- Tom, répondis-je. Non, et je ne veux PAS le savoir.
Elle était extrêmement belle, c'était indéniable. Ses longs cheveux châtains ondulaient jusqu'à la pointe de ses seins, suscitant involontairement d'érotiques pensées. Ses yeux vous fixaient jusqu'à vous transpercer, jusqu'à arracher de vous vos plus terribles secrets. On ne pouvait s'empêcher de regarder son corps avec respect, et je ressentis un frisson de honte me parcourir l'échine lorsque je me rendis compte que je la trouvais désirable. Elle était hors de portée et précieuse, comme un joli diamant respirant la pureté. Sans aucun doute, tout ce que l'on pouvait voir de cette fille n'était qu'une apparence trompeuse, et j'eus instantanément le pressentiment qu'elle cachait quelque chose de beaucoup trop gros pour elle.
Cependant, elle s'assit face à nous et un petit bonjour timide sortit de sa bouche, ses lèvres s'entrouvrant à peine.
Puis elle ouvrit un sac plastique et en sortit son déjeuner, devant nos regards fascinés. Il s'agissait d'une petite salade composée de deux feuilles de laitue, et d'une moitié de tomate.
J'écarquillai les yeux et dis en tentant de m'exprimer le plus clairement possible:
- Ce n'est pas beaucoup.
Elle fronça les sourcils.
- Tu penses ... mange que ça? T'es malade!
Et à ce moment, je la vis sortir un deuxième sac dans lequel elle avait fourré deux hamburgers, un yaourt, une cuisse de poulet, un hot dog, et une grosse barquette de frites.
- Très équilibré, dit Neela en riant.
Je regardais Tom qui regardait le décolleté plongeant de la nouvelle arrivante et lui donnai un coup de coude dans les côtes.
- Essaye au moins d'être discret!
- C'est plus fort que moi! T'as vu cette pair de...
- Excusez-moi! Nous interrompit Mya. Pourriez-vous parler ... même langue ...?
- Nein. Je veux que VOUS, vous parliez allemand, railla Tom.
Et il explosa de rire. Elles se regardèrent avec une pointe d'exaspération dans le regard.
- Excusez mon frère, tentais-je de la rattraper, il est... dérangé.
A la dernière seconde je m'étais souvenu de Reden, et de son « don't disturb ».
- Je ne suis pas dérangé! Se défendit-il.
- Si.
- Non.
- Si.
- Taisez-vous! Vous êtes ridicules! Cria Mya.
Pour une fois, je compris la totalité de ce qu'elle avait dit.
- So! Reprit-elle.
- So we can staaart!
Je m'écroulai de rire, et mon frère aussi, ravi de sa blague. Mais voyant que nos jeunes nouvelles amies commençaient à sérieusement s'énerver, nous reprîmes de notre sérieux.
- Pourquoi - être - vous - ici? Articula la jeune fille.
- Parce que nos parents veulent habiter les Etats-Unis.
- Pourquoi?
- Est-ce que – je – t'en – pose – des – questions? Articula Tom à son tour.
Elle rougit, prenant visiblement conscience de son audace.
Le reste du repas se déroula en silence, chacun penché sur ce qu'il avait amené à manger. A la fin, il ne resta plus que Mya, qui commençait à caler pour la fin de son yaourt.
- Vous voulez visiter le lycée? Demanda Neela.
Nous saisîmes cette occasion qui permettrait sûrement de détendre l'atmosphère en répondant que cela nous ferait extrêmement plaisir. On quitta la salle de réfectoire, en jetant au passage les déchets de notre repas dans une poubelle assez pitoyable sur laquelle était inscrit: « moi aussi, j'ai faim! ». Les filles faisaient des efforts pour parler lentement afin que nous puissions saisir chacun de leur mot.
Le bâtiment était immense. Il y avait en tout près de quarante salles toutes faites sur le même modèle, mais dont les couleurs des murs variaient de temps à autres. Le réfectoire que nous venions de quitter se trouvait au rez-de-chaussé, et il en allait de même pour toutes les salles qui concernaient l'administration, exceptée le bureau du principal qui se trouvait au dernier étage, le troisième, dans un soucis de supériorité spatiale en plus de celle hiérarchique. Le gymnase et la piscine se trouvaient dans un grand établissement situé au fond de l'immense parc qui entourait le lycée. On y parvenait en empruntant un petit chemin de terre bordé de chênes, et de quelques bancs que les couples d'étudiants semblaient s'être appropriés.
Il y avait un flux continu de jeunes gens dans l'enceinte du lycée, et Mya nous prévint du nombre ahurissant d'élèves – mille cinq cent -, en nous avouant que malgré le fait qu'elle avait passé toute sa vie dans cette ville, elle n'en connaissait pas la moitié. En réalité, ce lycée était le seul à cent kilomètres à la ronde, et la plupart des étudiants s'y inscrivaient en prenant le statut d'interne, ou bien louaient une chambre à bas prix dans la banlieue éloignée de la ville, puis venaient en scooter le matin. C'était apparemment le cas du petit ami de Mya, qui louait un studio dans la résidence d'Ecclésia réputée pour accueillir beaucoup de jeunes dans ce cas, et pour son ambiance plutôt festive.
- C'est là que se trouve la seule boîte de nuit de la ville, et les basses font vibrer les murs des appartements jusqu'au petit matin ! C'est vraiment extra! Dit Mya en souriant.
- Ah! répondis-je.
Je détestais ces endroits qui puaient la débauche, et n'avais jamais ressenti l'envie d'y aller.
- Sinon, vous avez entendu parler de la ville, de ses quartiers? Demanda Neela.
- Absolument pas, déclara Tom. On sait juste qu'il y a beaucoup d'étudiants.
- Et qui dit étudiants dit sexe, drogue et rock n roll, n'est-ce pas? Dit la jeune fille avec enjouement.
Je regardai mon frère. Dans quoi nous étions nous embarqués? Il n'était pas question que je touche à ces conneries, mais mon frangin, à peine avait-il entendu le premier mot de la devise que ses yeux s'étaient illuminés, et que toute son attention s'était reportée sur ce que Neela allait dire.
- Sexe? Fit-il, intéressé.
- Eh oui Tom! Certains quartiers de la villes sont très chauds, tu sais.
- Où ça?
« Mais quel boeuf! » pensai-je, tandis que Mya leva les yeux au ciel.
- Eh Bill! Dit-il en se tournant vers moi. Fais pas la tronche, y en aura aussi pour toi!
Les deux jeunes filles me regardèrent, intriguées.
- Mon frère est gay, précisa Tom.
- Putain Tom! Tu vas pas recommencer à me pourrir la vie avec ça! Criai-je.
- Tu es gay?!
- Non, je ne suis pas gay! Mais mon imbécile de frère adore faire circuler des rumeurs à mon sujet, ça l'amuse, dis-je en lui lançant un regard noir.
- Pourquoi t'es aussi dur avec lui? Me demanda Mya. Tu pourrais le respecter un peu.
Je la considérai avec un regard qui en disait long sur mes pensées, et elle se tut.
- Surtout que je suis ton aîné, ajouta Tom à voix basse.
Pour finir la visite, Neela nous emmena voir le terrain de football. C'était immense, exactement comme dans les feuilletons américains. Les gradins étaient entièrement vides mais on imaginait aisément le bon millier de personnes présent à chaque rencontre entrain de hurler et d'agiter des drapeaux ornés des initiales de leur équipe favorite.
- Malheureusement, je ne pense pas que vous puissiez appartenir à une autre catégorie que celle de spectateurs, nous prévint Mya.
- Et pourquoi donc? Interrogea Tom.
- Parce que vous ne correspondez pas exactement aux critères physiques requis, expliqua-t-elle. A moins que Bill ne veuille tenter une carrière de cheerleader?
Les deux filles explosèrent de rire, mais je les ignorai. Puis le téléphone de Mya sonna.

# Posté le samedi 25 août 2007 18:31

Modifié le lundi 31 décembre 2007 20:21

Mya

C'était Kevin. Je décrochai sans enthousiasme:
- Allô?
- Mon bébé, tu me manques... susurra-t-il.
- Encore?!! fis-je, interloquée.
Notre dernière relation sexuelle datait d'à peine quelques heures, et l'appel du pénis se faisait déjà entendre.
- Tu viens chez moi? Je t'emmène.
- Encore heureux! répondis-je.
Puis je me tournai vers mes chers nouveaux camarades lourd-dingues et leur lançai:
- Je dois absolument y aller, je suis dés...
- Nous aussi de toutes façons, me coupa Tom.
- Ah oui? me forçai-je à ajouter en souriant.
Ils m'emboîtèrent le pas, et nous arrivâmes sur le parking, où j'eus la stupéfaction de constater qu'un gros van noir avait pris place parmi les voitures et scooters des étudiants.
- Qu'est-ce que c'est que ce truc? demanda Neela.
- Peut-être qu'Alex s'est payé un nouveau joujou, supposai-je.
- Je surpris le regard de complicité qu'échangèrent les jumeaux.
- Neela, on t'emmène faire un tour? dit Tom en se tournant vers elle.
- Ce truc est à vous?
- Pourquoi cet air étonné? dit-il avec malice.
- Mais... Vous avez de l'argent alors?
C'était à leur tour d'exploser de rire.
- Oh Neela... Si tu savais.

Comme ils avançaient tous trois en direction du van, je leur fis un signe de main pour signaler mon départ, qui ne semblait pas les marquer plus que cela, et courus jusqu'à l'autre bout du parking où Kevin avait garé sa jolie Harley-Davidson héritée de sa feu grand-mère passionnée par ces gros engins. Je mis le casque qu'il me tendait sans prendre la peine de l'embrasser avant et m'assis derrière lui.
Le moteur gronda, et nous démarrâmes aussitôt. Nous sortîmes du parking tandis que plusieurs filles nous regardaient avec envie. C'est vrai, nous paraissions si heureux tous les deux: son amour et celui que je simulais laissaient transparaître un bonheur très enviable. Je ne comprendrai jamais pourquoi les gens se fient autant aux apparences, mais peut-être que la vérité n'est pas assez belle à voir au fond.
La vitesse à laquelle nous roulions me frigorifiait malgré la douceur de la température, et je me blottissais tant bien que mal contre mon conducteur attitré, qui se sentait du coup encore plus important. Ah ces hommes !
A cette heure-ci, les magasins du centre ville commençaient à fermer et les lumières à s'éteindre. Je les voyais défiler sans me rendre compte de ce que chacun cherchait à vendre. Seuls les éclairages m'éblouissaient, et petit à petit ils disparurent, les rues rétrécirent, pour que finalement les lampadaires s'allument, donnant ainsi une nouvelle image de notre ville.
Je fermai les yeux et me délectai de l'ambiance qui commençait à animer le quartier, le vent fouettant mon visage. Kevin prit un dernier virage sur sa droite et la résidence nous apparue, illuminée comme en plein jour, grouillant de tous les étudiants qui rentraient du lycée. Il descendit garer sa moto dans le parking, me laissant dans le parc qui se trouvait au centre de la résidence. De nombreuses pelouses l'enrichissait d'un point de vue esthétique, et en bas des immeubles se tenaient différents commerces où l'on trouvait de tout, ce tout pouvant de temps à autre être plus ou moins illégal, illicite, et stupéfiant.
Je l'attendis dans le hall de l'immeuble. Et lorsque la porte de l'ascenseur s'ouvrit, je sus que c'était lui. Nous montâmes dans son studio, qui soi disant passant donnait sur le parc et donc sur cette foule extrêmement active.
Tout était en désordre, comme d'habitude; un désordre confortant et apaisant. Je m'allongeais sur le lit paresseusement et exigeait un cocktail de la composition de mon homme, car ce dernier avait travaillé dans un bar l'été passé, et je ne cessais de le lui rappeler en lui commandant chaque fois que j'en avais l'occasion de luxueuses compositions aux mélanges divers et variés.
Après avoir déposé un baiser sur mon front – je détestais cela - il disparut dans la cuisine, tandis que je me tournai et retournai dans le grand lit blanc. Je ne pouvais m'empêcher de tourner dans tous les sens, si bien que je finis par sortir sur le balcon, me sentant ainsi supérieure à tous ceux qui se baladaient comme des termites sur la pelouse, et allumai une cigarette que j'avais piqué du paquet de Kevin. Parfois ça me prenait par simple plaisir esthétique: voir la fumée onduler au gré de la brise, enrober la lune et voiler les étoiles dans la nuit. Cela me rendait d'humeur poétique, et c'était bien agréable. Et puis, j'avais beau dire, ces termites m'aidaient à me plonger dans une sensation d'euphorie inexprimable, comprenant une sorte d'empathie universelle, et de ce fait, mon inspiration poétique se décuplait.
- Mya!
Je ne compris tout d'abord pas d'où la voix venait, ou encore si j'avais rêvé, mais finalement, alors que je baissai les yeux, j'aperçus quelqu'un qui me faisait signe.
Alex. Le plus branché, le plus beau, le plus populaire. Encore une fois, vous allez me dire que c'est encore une caricature, mais ou que vous soyez, il y a toujours un Alex quelque part! Nous avions le notre, et il n'avait certes aucune compétence intellectuelle - comme tous les Alex -, mais son attraction n'en restait pas moindre pour autant. Oui... Ses yeux avaient quelque chose de vraiment pénétrant: il me plaisait.
Et c'était pourquoi, par une nuit d'été, son regard n'avait plus été la seule chose à me pénétrer. Ce fut la seule fois et unique fois que je trompais Kevin, et je m'en voulu tellement que je m'interdis un tas de trucs pendant longtemps – que je ne précise pas car ça ne représenterait rien pour vous.
Ce bougre venait me faire la cour jusque chez mon petit ami!
- Comment vas-tu chère Mya ?! Cria-t-il.
Je ne répondis rien, bien trop effarée.
- Ma Mya, pourquoi ne viens-tu pas fêter le week-end en notre compagnie ? Continua-t-il en me désignant son troupeau d'amis déjà bien mal en point malgré l'heure peu avancée.
- Excuse-moi, mais j'ai déjà quelque chose de prévu, répondis-je aussi bas que possible.
Je ne tenais pas à ce que Kevin m'entende entrain de converser avec celui qui m'avait aidée à le tromper. Apparemment quelque chose attira son attention derrière moi, et il s'abstint de répliquer.
- Ma puce... murmura-t-on à mon oreille.
Kevin s'était approché derrière moi, si doucement que je ne l'avais pas entendu. Je n'en pouvais plus de tout ces surnoms qu'il me donnait, c'était abject ! Peut-être que bientôt notre histoire prendrait fin finalement, mais à présent, je n'étais sûre de rien.
Il me tendait un joli verre à pied, sur le bord duquel trônait une fine lamelle de citron. La moitié basse du verre était bleue, et le haut rouge. Toujours aussi parfait, d'un goût exquis.
Je bus une gorgée et c'était délicieux. J'étais incapable de reconnaître l'alcool qu'il avait mis et ne put lui poser la question car il commença à m'embrasser en me prenant par la taille, et je me laissai aller à ses caresses.
A ce moment, je me sentais infiniment triste, c'était plus fort que moi. Je ne savais pas combien de temps la vie durerait ainsi, je me disais que si j'essayais de composer les points négatifs de mon existence grâce à des passe temps qui me faisait ressentir un plaisir aussi faible, la balance n'était pas assez équilibrée pour tenir la distance, et que un jour ou l'autre, les deux plateaux finiraient par s'écrouler. Un jour ou l'autre je ne parviendrai plus à tolérer ce que j'endurais.
Nous allâmes jusqu'au lit et nous embrassâmes tendrement, j'étais si douée pour maintenir l'illusion. Peu à peu nos vêtements se retrouvèrent à terre et nos corps se mêlèrent toujours plus vite, toujours plus fort. Lui sur moi, moi sur lui, sens dessus dessous. Je ne sais pas ce qu'il avait mis dans les verres mais je me sentis partir très loin, et les étoiles dansèrent autour de nous, comme pour accompagner ce rituel incroyable. Nous étions le centre du monde, nous étions ce qu'il y avait de plus beau.
La musique faisait vibrer les murs, nos corps, je riais de plaisir et d'incompréhension. Et puis tout d'un coup, la chute.
Essoufflés, nous nous séparâmes l'un de l'autre. Lui sur le dos, contemplant le plafond, moi sur le côté, le contemplant. Son torse se soulevait puissamment et sa respiration était haletante. Je souris.
- Ça te dis qu'on sorte ce soir? me demanda-t-il après avoir retrouvé ses esprits, quelques minutes plus tard.
Et tout à coup, je me mis à paniquer. Je lui demandai l'heure, il essaya de me calmer et je l'envoyai sur les roses. Puis je commençai à me rhabiller rapidement.
Elle va t'en vouloir? s'inquiétait-il.
Il parlait de ma belle-mère, chez qui je lui avais dit que je devais rentrer avant dix heures trente. Or il était dix heures et je risquai d'être en retard. En retard, en retard, je vais être en retard ! (petit parenthèse lapin blanc)
- Ça se pourrait, et je n'aimerais pas avoir à le payer de mon corps.
- Comment ça ? Je peux te raccompagner, ça ira plus vite!
- C'est hors de question je t'ai déjà dit ! Pour rien au monde je ne voudrais que tu pénètres mon quartier!
Il se renfrogna, et comme cela ne changeait rien à mon comportement il sembla se détendre à nouveau. Je lui dis au revoir et sortis précipitamment de chez lui sans même l'embrasser.
L'air était tiède et une légère brise me maintint en vie durant un partie du trajet, et je dis une partie car vint un temps où la Mya que vous connaissez finit par mourir, ne souhaitant plus longtemps résister et souffrir à la place de l'autre...

# Posté le lundi 19 novembre 2007 16:34

Modifié le mardi 01 janvier 2008 17:23

Bill

Tom et moi avions raccompagné Neela chez elle. Durant le trajet, elle n'avait cessé de jacasser d'une façon plutôt agaçante à mes yeux, mais pas à ceux de Tom visiblement, qui avait failli l'inviter. J'avais réussi à lui éviter de faire un gaffe de justesse, en roulant dangereusement des yeux. Ce n'est pas qu'on nous avait interdit de ramener des gens chez nous, mais Dave devait avant tout être au courant.
Dave. Il était notre manager lorsque nous étions en Europe, à présent, il était notre tuteur légal. En effet, le succès du groupe avait pris des proportions inquiétantes, et il avait préféré nous retirer de la scène, car nous étions trop jeunes pour être propulsés si haut, si vite. Oui... 17 ans et nous étions déjà des étoiles dansant sur les plus grandes scènes d'Europe. Et des étoiles manipulées de toutes parts, des étoiles encerclées et prisonnières de carnassiers avides d'argent, leur seule raison d'être. Je possède, donc je suis.
Les premiers a nous manipuler avait été nos parents, nous obligeant à pratiquer plusieurs castings, dans un premier temps car nous avions un physique qui convenait plutôt bien aux critères de beauté de moment, puis, réalisant que la beauté ne pourrait nous envoyer assez haut, ils nous avait inventé des dons : j'étais un chanteur né, et Tom un guitariste dans l'âme.
Ils étaient nos parents – et ils le sont toujours génétiquement parlant – et nous voulions juste qu'ils soient fiers de nous. Alors nous avons travaillé avec acharnement pendant quelques mois, et nous avons tenté de nous faire remarquer par les médias. Ils m'ont inscrit à Star Search et c'est là que je me suis fait remarquer par Dave grâce à mon charisme fou. Du moins paraît-il, ce n'est pas moi qui le dit, rassurez-vous. Nous avions rencontré les producteurs, tout le bordel du monde de la musique, et trois ans plus tard, nous étions en tête des chars.
Georg et Gustav avait toujours été soutenus par leurs famille, ils se sont exilés quelque part à la campagne pour fuir, mais ce n'était pas après eux que les producteurs en avait le plus : c'est nous qu'ils voulaient.
Dave nous avait tiré de là, et emmené en Amérique où notre succès s'annonçait si mal, car moins on nous connaîtrait, mieux cela serait. Je l'avais prié de nous emmener au Japon, puisque cet endroit devait être loin de tout et ne pas connaître le groupe, mais il m'avait rappelé que nous ne connaissions pas grand chose de la langue japonaise, et j'avais dû admettre qu'il avait raison.
Il avait déniché cette petite ville d'étudiants plantée en plein désert, à des centaines de kilomètres de tout, et avait pensé que c'était un bon endroit pour que nous nous reposions de tous ces évènements. Nous étions terrifiés à l'idée que les producteurs puissent retrouver nos traces, mais pour l'instant il n'y avait pas de risques, les services secrets étaient prévenus, et veillaient au grain.
- Bill! appela mon frère.
Je sorti de mes rêveries dans un sursaut, et lui jetai un regard chargé de courroux. On n'interrompt pas Bill Kaulitz en pleine réflexion.
Nous étions arrivés dans sa chambre, pendant que je songeais à ces chamboulements dans nos vies, et Tom s'était déjà affalé sur son lit et avait sorti de son sac les livres que le lycée nous avait prêtés. Il tenait un stylo dans sa main, et en mordillait le bout en me regardant avec désespoir. Si mon frère a toujours prétendu ne rien faire à l'école, ce n'est pas parce qu'il s'en fichait réellement, c'est seulement car il essayait de tout son être sans jamais parvenir à briller. Il n'y pouvait rien, c'était malgré lui, son esprit n'était pas scolaire. Alors, il prétendait ne rien faire pour ne pas montrer au gens qu'il était aussi stupide qu'il le laissait paraître. Je sais, c'est compliqué, mais mon frère est un personnage compliqué. Il croit être stupide, mais au fond, il est juste un peu décalé. Vous comprendrez, un jour, peut-être. En tout cas, moi j'aimerais bien comprendre.
Je m'assis à côté de lui et regardai l'exercice qu'il me montrait de son doigt encore tout dur de corne. Il s'agissait d'un exercice de mathématiques, et il concernait un chapitre que nous avions déjà vu en Allemagne. Je regardais mon frère en fronçant des sourcils, et il me répondit d'un petit sourire désolé. J'entrepris de lui traduire l'énoncé, et le laissait ensuite patauger dans ses anciens cours en allemand, qu'il avait emporté avec lui.

La nuit était tombée, et après avoir mangé une pizza commandée, nous sortîmes tous deux sur le balcon de sa chambre pour fumer une dernière cigarette.
Je contemplais le ciel rêveusement, lorsque je sentis le regard de Tom sur moi.
Je me tournai et l'observais à mon tour. Il avait cet air malicieux et démoniaque, je ne saurais dire. Tout ce que je pouvais affirmer, c'est qu'il venait de germer une idée dans son esprit, et que nous allions faire des conneries durant la nuit qui s'annonçait.
- On peut très bien descendre par la fenêtre, le balcon n'est pas haut...
- Donne-moi une raison valable.
- Découvrir un peu la ville ! On est samedi soir, merde!
Je jetai un coup d'oeil dans la chambre afin de m'assurer que Dave n'était pas entrain de nous épier. J'étais de plus en plus paranoïaque à cause de toutes ces filles en Europe, elles m'avaient rendu dingue.
- On va dire bonne nuit à Dave et on s'éclipse discrètement.
Quelques minutes plus tard, nous descendions le long du mur de notre demeure.
- Où est-ce qu'on va ? demandai-je à Tom.
- Tu sais le quartier dont Neela nous a parlé toute à l'heure ? Dans le van, je lui ai demandé des détails et elle m'a dit comment y aller !
- J'aimerais qu'on évite de s'attirer des ennuis dès ce soir, on vient à peine d'emménager. Et puis je n'ai pas spécialement envie de ce genre de truc ce soir...
- Ne t'inquiète pas petit frère.
- Je serais tenté de te dire « ta gueule face de rat » si tu n'étais pas mon jumeau.
Il rit et nous conduisit jusqu'à l'arrêt de bus. L'ambiance était très sympathique à cette heure-ci, tous les étudiants sortaient pour se rendre dans des bars, ou pour aller en soirée. Les filles se baladaient presque toutes en mini jupe, ce qui n'était pas pour déplaire à Tom.
- Putain, elles sont trop chaudes ici... Obligé je m'en fais une ce soir.
- C'est vrai que y a matière à...
- Ouah! T'as vu celle-là?! m'interrompit-il.
Il me désignait une jeune fille vêtue de cuir noir qui s'adossait à un mur et semblait attendre quelqu'un.
- Je vais l'aborder ?
- Déjà ? Y en aura d'autres... En plus je suis sûre qu'elle fait le tapin, t'as vu son allure ?
- N'importe quoi! Une pute ne se prostituerait pas de façon aussi ostentatoire !
- Depuis quand t'utilises des mots de plus de trois syllabes, toi ?
Mon frère me jeta un regard chargé de mépris et traversa la rue dans le but d'accoster la jeune demoiselle.
Je les vis échanger quelques mots, puis il sembla être stoppé net dans son élan. Il fit volte face et revint vers moi, cramoisie.
- Aucun commentaire.
En effet, cela n'en méritait aucun.

Après quelques minutes d'attente, le bus arriva, bondé, et nous dûmes pousser et donner des coups de coude pour nous faire une place. Les étudiants me regardaient étrangement, comme si j'étais décalé dans ce décor. Deux arrêts plus tard nous descendîmes pour nous retrouver dans un quartier d'un calme inquiétant où la population semblait un peu plus variée, et plus rares. Un petit groupe d'étudiants était aussi descendu du bus et se dépêcha de s'éloigner dans les profondeurs de la ville. Des cinquantenaires bedonnant se traînaient sur les trottoirs, et les raisons qui les avaient amenées ici étaient sûrement abjectes. Nous, nous étions jeunes, ce n'était pas la même chose...
- Eh bien ! On dirait que pour une fois, mon sens de l'orientation ne m'a pas fait défaut! déclara fièrement Tom en remarquant un sex-shop au coin d'une rue. Je crois qu'il faut continuer un peu par là, continua-t-il en regardant attentivement un plan qu'il avait trouvé dans notre maison.
Je le suivis, désespéré, et curieux de voir ce que nous allions découvrir. Pour être franc, je m'attendais vraiment à un ensemble de deux ou trois bars avec de jolies danseuses se déhanchant sobrement sur les tables, et je pensais que mon frère avait surestimé le côté débauche de la ville. Mais alors que nous prenions une ruelle qui pénétrait dans le coeur du quartier, j'entendis des bruits de voix, qui s'intensifiaient au fur et à mesure que nous nous approchions. La rue tournait sur la gauche, et après l'angle, je restai coi.
Le changement de quartier était si soudain! Nous étions arrivés sur une petite place et une grande agitation régnait. Ce n'était plus du tout l'ambiance perverse que nous avions perçue en descendant de l'arrêt de bus. C'était un quartier de filles de joie, au sens propre du terme, car ces dernières avaient toutes le sourire aux lèvres, et le donnait visiblement au consommateurs plus ou moins vieux qui se rendaient ici. Intrigués, nous commençâmes notre investigation.
En fait, il y avait plusieurs sortes d'ambiances et nous remarquâmes que les différents lieux étaient regroupés par genre. Tout d'abord, évidemment, il y avait ces bars que nous avions vus en premier, avec de jolies serveuses et danseuses où la plupart des étudiants se rendaient pour se relaxer. Ils étaient en grand nombres, on pouvait s'y restaurer, parfois danser, et surtout, boire. Plus loin, il y avait des lieux plus calmes, plus intimes, où les relations avec les filles semblaient plus concrètes. On ne se contentait pas de les regarder visiblement. La population y était plus vieille, et surtout, plus riche. Les filles étaient très sensuelles sans pour étant être vulgaires, comme l'étaient parfois celles des bars pour étudiants. Enfin, il y avait une rue où les sex-shops se succédaient, les uns à côtés des autres. Ici, aucun doute, il n'y avait que de vieux pervers miteux, trop pauvres pour se payer des services dans le genre de lieu décrit précédemment. Et surtout, partout des filles déambulaient, en quête de clients. Je convins avec Tom qu'on ne devait pas dépenser de sommes exorbitantes dans ces activité honteuse, et que nous ne paierions aucune fille pour des services particuliers. J'aperçus un petit bar ou l'ambiance semblait très détendue, et où nous pourrions sûrement faire connaissance avec des étudiants, en partageant nos goûts. Aussi je proposai :
- On pourrait s'arrêter là?
Mais mon frère ne semblait pas de cet avis.
- Non, il doit y avoir des endroits plus sympa encore! dit-il joyeusement. On ne va pas s'arrêter au premier bordel venu. En plus il doit y avoir que des puceaux ici.
- Tom!
- Mais enfin, regarde leurs gueules! Ils ont plein de boutons partout et je suis sûr qu'il ont même pas dix huit ans...
- Nous non plus... Merde!
- Quoi?
- Tu te rappelles ce que Dave nous a dit?
Il me regarda, en attente de la réponse.
- La majorité aux États-Unis c'est vingt et un ans !
- Y a pas d'âge pour consommer dans cette société, brother ! Assura-t-il en me donnant une grande claque dans le dos.
Il avait raison. C'est dégueulasse l'avidité d'argent.

C'est alors qu'un mouvement de foule attira notre attention. Des étudiants se tapaient presque dessus pour entrer dans un petit bar en retrait, au fond de la place. Tout à coup, je regrettai mon statut de VIP en Europe. Là-bas, on passait partout, quand on voulait. Dans une situation comme celle-ci, j'aurai habituellement demandé à mes gardes du corps de me dégager le passage, et je serais rentré en prenant un air supérieur et dédaigneux rien que pour faire rager les autres. Mais là... Je ne pouvais qu'agir en mouton si j'avais envie de rentrer.
-Tom, plus entreprenant que moi – vous avez déjà dû le remarquer – accosta un grand étudiant au regard sombre qui regardait la scène de loin.
- Hey! Hum... Excuse me, tenta-t-il. I would like to know... WHAT THE FUCK?
Je sursautai. Mon frère était complètement fou.
Le jeune homme le regarda avec un étonnement pointé de méfiance. Il finit tout de même par répondre dans un anglais approximatif. Lui non plus n'était pas du coin.
- Vous êtes nouveau ici, vous... Chaque soir c'est la même chose, tous ces obsédés se jettent à l'ouverture du bar en espérant pouvoir rentrer.
- Pourquoi? interrogea Tom.
Le ténébreux sourit en regardant les autres s'agglutiner autour de la porte, et se faire repousser par les vigiles. Puis il se retourna vers Tom, et dit:
- Vous n'avez donc pas encore entendu parler de Shauna ?

# Posté le lundi 31 décembre 2007 20:59